30 mars 2008
68927 visiteurs uniques depuis la création de mon blog le 16 novembre 05.
Il est temps d’en changer sa présentation. Je supprime tous les articles et je recommence depuis le début. Belle occasion de faire un retour en arrière et de replonger dans l’année 2005. Mon voyage en Inde et en Asie du Sud-Est à débuté le 19 janvier 2005.
Fin 2004, un tsunami d’une violence terrible avait balayé le nord de Sumatra, dévasté une grande partie de la côté ouest du Sri Lanka, détruisant des villages entiers. L’Inde et la Thaïlande furent touchées aussi. La vague continua son chemin jusqu’aux côtes africaines. Des milliers de morts, des milliers de sans abris, des milliers d’orphelins. Triste fin d’année.
J’étais impatient de partir à l’aventure. J’attendais cette année sabbatique depuis longtemps. Mais mon enthousiasme était bridé par les images d’épouvante en provenance d’Asie du Sud-est. Et comble de l’horreur des touristes européens avaient péri sur les plages de Phuket. Que les indigènes meurent chez eux c’était une chose mais que des touristes venus passer les fêtes de fin d’année sous le soleil périssent aussi était insupportable.
Difficile d’apprécier le foie gras dans ces conditions. Les dons n’en finirent plus de tomber dans les caisses des ONG complètement dépasser par l’élan de générosité suscité par la catastrophe. Une sorte de compétition à l’échelle européenne s’afficha sur nos écrans de télévision. Quel était le pays de l’union le plus généreux ? Les Suédois donnent beaucoup, les Allemands aussi, les Britanniques se déchaînent et que font les Français ? L’hystérie collective de la charité spectacle tournait à plein régime. On a donné beaucoup pour que l’horreur cesse. On aspirait qu’à terminer l’année dans l’insouciance et l’allégresse. Tous ces morts dans tous les JT sur toutes les chaînes de télévisions sur toutes les radios, les mêmes témoignages revenant continuellement, les mêmes images de désolation, les noyés emportés par les flots rugissants. Les cris. Les pleurs. Et nous devant nos écrans de télévision fouillant nos portefeuilles. L’horreur.
Une catastrophe en chasse une autre. The show must go on…
19/01/05
J’en ai rêvé. J’y suis.
Je suis installé dans ma chambre à L’Ajay guest house situé dans le quartier de la gare ferroviaire de New Delhi. Est-ce que je vous recommande cette adresse ? Non, mais si vous partez pour plusieurs mois de vadrouille et que votre budget et ric-rac alors l’Ajay reste l’une des moins mauvaises options.
C’est un quartier très animé, des petites boutiques longent une rue étroite sans trottoirs, la rue Main Bazaar. On y trouve de tout. Les piétons se mêlent aux vaches, aux vélos, aux rickshaws et autres cyclo-pousses. Se frayer un chemin jusqu’à la gare demande de la pugnacité et une détermination sans faille. Il faut encore plus de courage pour traverser une grande artère, s’en remettre à son destin. Il faut rester en alerte. Anticiper les reflexes des chauffards indiens est une mission impossible. Existe-t-il un code de la route ici ? Si oui, j’ai beaucoup de mal à en comprendre la logique. Quel cohue-bohue !
Je viens de réaliser que si je voulais profiter au maximum de l’Inde, il me faut abandonner immédiatement mes automatismes d’occidentaux programmé à penser que nous serions les seules à détenir la vérité et qu’on se demande bien pourquoi les autres peuples tardent tant à nous imiter. Il faut s’abandonner. Donc, va pour l’abandon et qu’advienne que pourra.
Aller faire bouger une vache qui barre votre chemin. Nos petites françaises sont loin d’être hyperactives, les indiennes le sont encore moins. La zenitute totale à la limite de l’encéphalogramme plat. L’œil humide, le regard lointain elles ruminent du papier gras.
Je suis finalement arrivé à la gare ferroviaire. Le bureau réservé aux touristes se trouve au premier étage du bâtiment. J’ai acheté le guide des horaires, document indispensable pour planifier ses déplacements.
Le voyage, le décalage horaire, le dépaysement, le bruit et les odeurs fortes inhabituelles font que je suis sur les rotules. J’ai besoin de repos et d’une bonne nuit de sommeil avant de commencer les visites.
21/01/05
Je me couche tôt, je me lève tard. Il faut dire que les nuits sont animées. Mon petit hôtel se trouve dans le quartier populaire de Delhi, entre le new Delhi et le old Delhi. On y travaille toute la nuit, mais pas dans le silence. Je ne sais pas trop ce qu’on y fait, mais ça fait du bruit. Vers les 4h00 matin, la musique commence, elle arrive de l’immeuble d’en face. Les mélodies indiennes bercent mon demi-sommeil. Vers 6h00 le calme arrive, on est tranquille jusqu’à 8h00. Puis les activités de la journée prennent le dessus.
Toute l’Inde bigarrée est à la porte de mon hôtel : les mendiants, les petites boutiques en tous genres, les petits restos sympas et par chers, les rickshaws, les enfants qui s’amusent dans la rue, sans oublier les vaches. Hier soir l‘une d’entre elles a décidé de passer la nuit devant l’entrée de l’Ajay. Priez de contourner l’obstacle pour entrer dans le hall. Les propriétaires n’ont pas cherché à la faire déguerpir.
Dans le old Delhi, quartier principalement musulman, j’ai croisé un dromadaire.
D’où venait-il ? Allez savoir ! Il n’était pas seul, il y avait un gamin dessus. J’ai vite sorti mon appareil photo et j’ai immortalisé le moment. Je me souviendrai longtemps de cette rencontre inattendue. A Delhi, on croise des dromadaires aussi.
Hier, j’ai visité le Red Fort, la grande mosquée et le quartier autour. Le souk, du monde de partout.
La fatigue venant, je suis monté sur un cyclo-pousse ; règle importante avant de monter bien négocier le prix. Le chauffeur est aussi noir qu’un charbonnier ; est-ce sa couleur de peau ou l’accumulation de la crasse ? La rue était pleine de véhicules et de gens. On avançait au pas. J’aurais plus vite fait à pied mais on est plus tranquille sur cette machine, au moins on ne peut pas vous accoster et vous conduire à la boutique du coin où on essayera de vous vendre tout et n’importe quoi.
Ca fait deux jours que je circule en taxi for free. C’est drôle, ça tombe toujours sur moi. Je cherchais un rickshaw pour me conduire au Red Fort. Je commence à négocier le prix. Le type me dit que je peux avoir un taxi gratuit si j’accepte de visiter quelques boutiques de souvenirs, comme ça il touche sa commission.
J’accepte l’offre, une dizaine de minutes par magasin ce n’est pas trop contraignant. Le chauffeur est sympa mais je ne comprends pas un mot de ce qu’il dit, son accent est terrible. Je souris et je bouge la tête, ça a l’air de lui convenir.
Il me conduit où je veux aller, il m’attend et ensuite on va visiter une de ses boutiques. J’en ai visité deux hier, quatre aujourd’hui.
C’est amusant. On veut me vendre des tapis faits au Cachemire pour 720 usd la pièce, je peux négocier le prix, on me les expédiera via DHL.
Je raconte mon histoire inventé sur le tas. Je dois contacter ma femme. Je ne peux pas me décider dans l’immédiat. C’est elle qui tient les comptes et je ne peux pas dépenser 720 usd sans son accord. Ca les amuse, enfin ça les fait rire 5 minutes mais les affaires reprennent vite le dessus. Je n’ai qu’à leur acheter sans rien lui demander histoire de lui faire une belle surprise.
Je trouve l’idée bonne mais malheureusement je ne peux pas. Je repasserai les voir à la fin de mon voyage. Je demande une carte de visite. Je prends mon sac et see you latter les gars. J’explique toute l’histoire au chauffeur, il est plié de rire. On fait une bonne équipe.
Moi je roule gratis et lui touche ses coms.
22/01
J’ai rencontré une jeune parisienne à la gare de New Delhi. Elle voyage depuis le mois d’octobre. Elle arrivait de Bangkok. Elle avait également visité le Laos et le Cambodge. On a préparé nos itinéraires ensemble. Il y a un bureau réservé aux touristes dans la gare, au premier étage. C’est vraiment très bien organisé.
1/ On fait la queue pour obtenir des informations
2/ On remplit le formulaire, l’administration indienne adore les formulaires.
3/ On fait la queue pour acheter son billet.
Tout ça prend un peu de temps. Ce qui permet de faire connaissance avec les autres voyageurs.
Astrid part vers le Rajasthan et moi vers Jhansi. On quitte Delhi le même jour.
On a passé la journée ensemble. Son hôtel n’est pas très loin du mien. Elle a choisi l’option « condition spartiate », la salle de bains sur le palier. Elle paye sa chambre 100 roupies la nuit, moins de 2€. Ma chambre à 250 roupies c’est le grand luxe !
Je lui conseille quelques visites. J’ai envie de retourner au temple Bahaï, je lui propose d’y aller ensemble comme ça on partage le prix de la course en rickshaw. On négocie le prix aller retour, le temple se trouve à une vingtaine de kilomètres, la course coûte 220 roupies. C’est moins cher que le taxi mais beaucoup moins confortable aussi. Le rickshaw file à vive allure. Un vent glacial nous cingle le visage. Une pluie fine commence à tomber.
Le rickshaw nous dépose un peu avant l’entrée du temple, il y a foule comme la journée précédente. En un rien de temps on est assaillis par les mendiants du coin. Les parents envoient les enfants mendier. On a 3 petits gamins autour de nous, ils n’ont pas plus de 5 ou 6 ans. Ils sont noirs de crasse. La mère arrive avec un enfant dans les bras. C’est difficile de tourner la tête et de faire comme si on ne les voyait pas. Et pourtant c’est ce qu’il faut faire. Si tu donnes à un tu te retrouves très rapidement avec toute la tribu autour de toi. Ni Astrid ni moi allons sauver tous les miséreux qui peuplent l’Inde. Je ne vais pas dire que c’est facile de voir tant de pauvreté et malheureusement ça ne va pas changer demain.
De retour dans notre quartier, j’emmène Astrid à ma cantine. J’essaye le banana lassi, sorte de lait caillé parfumé à la banane, c’est très bon. Elle me parle du Laos, elle a adoré. Elle me donne quelques tuyaux. Après le repas elle part lire ses mails et moi je rentre à l’hôtel. Je suis claqué.
J’ai un voisin fan de télévision. Il a pris les habitudes du pays, il l‘a fait hurler à tue-tête. Heureusement, je pars bientôt vers des contrés plus calmes.